Le transmédia ou les habits neufs du e-learning ?

Une nouvelle forme d’écriture est apparue ces dernières années. Elle a envahi la fiction, le jeu, la publicité, l’information… et pourrait bien changer les façons d’apprendre et… de concevoir le e-learning.

e-learning

Je parle du transmédia. L’idée commence à faire son chemin dans le monde de la formation, comme en atteste un récent webinar organisé par Learning Sphere.

Le transmédia, qu’est-ce que c’est ?

Un contenu transmédia est un contenu qui se décline sur plusieurs supports à la fois : télévision, jeu vidéo, réseaux sociaux, livre, BD, site dédié… Chaque déclinaison est complémentaire. Matrix est un exemple historique de ce type de narration. Autour du film, la franchise a décliné l’univers sous plusieurs formes : série de courts-métrages, BD (Comics), jeux vidéo, livre de storyboard. Chaque instance enrichit la narration et l’univers : par exemple, on trouve dans les jeux vidéos, des extensions narratives éclairant tel ou tel personnage secondaire. Certains pans de l’histoire ne sont traités que via un média. C’est pour cette raison que l’on parle de complémentarité.

Le transmédia permet de créer un univers autour d’une œuvre, d’une idée ou d’une information. Le spectateur ou l’internaute y pénètre via plusieurs points d’entrée, panachés sur plusieurs supports complémentaires. Il s’approprie le récit à sa manière et interagit avec lui. Le transmédia favorise alors l’émergence d’une communauté engagée et qui participe activement, voire créer du contenu.

S’engager dans un dispositif transmédia, c’est avant tout vivre une expérience émotionnelle forte, être partie prenante d’un dispositif, et dans certains cas, s’exprimer et partager au sein d’une communauté.

Quelles sources d’inspiration pour augmenter le e-learning ?

D’abord l’univers, propice à l’immersion et à l’engagement, deux éléments constitutifs d’un apprentissage effectif et sur la durée. Le serious game le fait très bien mais l’univers s’arrête aux limites du jeu. Le e-learning quant à lui, en est démuni et c’est ce qui peut expliquer, au moins en partie, le taux parfois élevé de désengagement de la part des utilisateurs.

Ensuite, les points d’entrée qui font écho à la diversité des stratégies d’apprentissage propres à chacun.

Chaque individu développe ses propres stratégies d’apprentissage, en vertu de plusieurs facteurs tels que le type de mémoire, l’autonomie plus ou moins grande, le niveau de visualisation des données, l’aspect affectif et la capacité méta-cognitive… Dans un e-learning, c’est une stratégie d’apprentissage plutôt qu’une autre qui est mise en avant par le concepteur, laquelle convient rarement à tous ! Dans une logique de e-learning transmédia, chaque apprenant dispose des moyens (points d’entrées) pour mettre en œuvre sa propre stratégie. Cette liberté renforce l’efficacité de l’apprentissage et surtout permet à chacun de s’approprier le contenu à sa manière. La personnalisation va bien au-delà d’un test d’auto-positionnement, celui-ci ne jouant, dans la plupart des cas, qu’un rôle de déclencheur.

Enfin, les supports multiples et complémentaires  qui transposés dans le monde de l’apprentissage, ouvrent de nouveaux parcours, et de nouvelles perspectives.

Grâce aux supports mobiles, nous sommes partout à la fois et de surcroit, connectés*. Chaque temps mort est une opportunité de s’informer, jouer, acheter et même apprendre. On constate un véritable changement des comportements, ce qui induit de nouvelles modalités d’apprentissage. Le e-learning tente de s’adapter pour dispenser du contenu consultable n’importe où et à n’importe quel moment : on peut se connecter à une plateforme d’apprentissage à distance depuis sa tablette ou son smartphone… On peut télécharger des applications… Mais ces différentes modalités de consultation ne changent ni le contenu ni la manière de le dispenser. On se contente de dupliquer et d’adapter au support. Le transmédia propose une complémentarité des supports, ce qui sur le plan de l’engagement et de la continuité de l’expérience apporte une toute autre dimension. L’expérience d’apprentissage devient un tout  plus fort que ses parties.

Pour être complet, il faudrait aussi évoquer les notions de communauté et de co-construction qui rappellent l’approche socioconstructiviste, et qui se caractérisent essentiellement par l’idée que l’individu acquiert des connaissances en interagissant directement avec elles et surtout dans un cadre social. L’apprenant élabore activement sa connaissance en la confrontant à celle des autres.

C’est un phénomène connu depuis les années 70 mais dont la mise en œuvre connait une accélération exponentielle depuis que les évolutions technologiques ont permis la création d’outils performants d’échanges et de partage de ressources. On le retrouve à l’œuvre dans les MOOC (Massive Open Online Courses) et les SPOC (Small Private Online Courses), qui sans cela n’auraient sans doute pas obtenu le succès que l’on connait.

Pour aller plus loin dans le e-learning transmédia…

En France, le transmédia a ses conférences annuelles comme le Forum Blanc ou I Love Transmédia. On y découvre chaque année des créations originales, légères, imaginées pour le plaisir, la sagacité et l’imagination des utilisateurs. S’en inspirer pour faire sortir le e-learning de ses gonds, c’est avant tout une question de regard et de modernité.

Dans un prochain post, nous aborderons les points clés pour concevoir et produire un e-learning transmédia.

* Aussi nommé phénomène d’ubiquité.

(Source Photo : www.tinyography.com)

 

 

 

 

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