AlphaGo ne sait pas jouer !

By 12 avril 2016Pédagogie, Tendances

jouer

Il y a quelques semaines, la machine AlphaGo battait l’un des plus grands joueurs de Go, le Coréen Lee Sedol, par 4 à 1. Sur la Toile, des centaines d’articles ont pullulé pour commenter la victoire de la machine sur l’homme… Moi, ce qui a le plus retenu mon attention dans cette histoire, c’est la réflexion sur le jeu que cette partie a occasionné : car si la machine AlphaGo représente ce qui se fait de mieux en intelligence artificielle, ce n’est pas pour autant qu’elle sait jouer ! Ce qui lui manque ? La conscience et l’émotion.

Apprendre

Mais reconnaissons d’abord qu’AlphaGo, c’est d’abord une puissance de calcul incroyable. C’est aussi, et c’est ce qui rend si particulière cette dernière victoire, la capacité d’une machine à apprendre… Lors des précédentes victoires d’une machine contre l’homme, Kasparov en 1997 pour ne citer que lui, la machine a gagné parce qu’elle était capable de calculer tous les coups possibles suivants et de choisir le meilleur dans son référentiel. AlphaGo fait plus et mieux : elle est capable d’apprendre. Les scientifiques parlent d’apprentissage profond ou de deep learning. C’est ce qui est à l’œuvre par exemple dans la reconnaissance de visages sur les photos. AlphaGo a référencé une multitude de coups possibles(en jouant contre elle-même, entre autres) et évalué la possibilité de chacun à être un coup gagnant… Pour autant, et c’est peut-être ce qui a perturbé Lee Sedol,  la machine ne joue pas mais simule !

Jouer

Pour jouer, il faut être conscient de jouer, être créatif, savoir jouer des contraintes du jeu et et de l’environnement pour porter le coup gagnant. Dans le jeu, ce qui importe c’est de jouer et le plaisir que l’on en tire. La machine, aussi puissante soit elle, ne sait pas faire ça.

Dans un excellent article publié sur The Conversation, Boris Solinski écrivait :

« À tout moment, un joueur est à la fois pris au jeu et conscient qu’il joue, c’est ce qui le rend créatif, c’est-à-dire que son esprit est capable de traduire les contraintes posées par les règles en potentialités de jeu, simplement en prenant du recul, passant du réel au symbolique et inversement, reformulant les problèmes qu’il rencontre dans une forme manipulable, à même de lui permettre de les dénouer. À l’inverse, la machine ne sait même pas qu’elle a gagné ou perdu, se contentant d’arrêter le jeu quand elle n’a plus rien à calculer, et d’afficher un message indiquant que la partie est finie, ce qui n’a pas de sens pour elle. »

[…] Pour que l’homme commence à redouter le développement de cette intelligence artificielle, il faudrait qu’elle ne soit pas seulement capable de ce qui est difficile pour l’homme et évident pour elle, mais aussi de l’inverse : d’émotion, de conscience, de rêve. Or la machine n’a d’autre fantasme que celui que l’homme projette sur elle, l’idée de domination n’étant pas plus inscrite dans ses bits qu’elle ne participe à la conservation ni à la perpétuation de son espèce.

[…] À travers le jeu, l’homme se confronte à ses lacunes et les surmonte pour en tirer du plaisir sous forme de stimulation, de réassurance, de lien social, d’estime de soi et d’accomplissement, toutes choses que procure l’acte ludique et que l’être humain recherche. »

 

Alors réjouissons-nous, le jeu reste encore l’apanage de l’homme et c’est pour le mieux !

Pour en savoir plus sur le fonctionnement d’AlphaGo, je vous renvoie à cet article : Go, une belle victoire… des informaticiens !

Ecrire un commentaire