Les rêves sont-ils l’autoroute du savoir ?

By 13 février 2016Pédagogie

Et cela changera-t-il nos façons d’enseigner ?

La question refait surface à l’occasion d’un film trouvé via le Singularity Hub, un joli film qui fait rêver au sens littéral. Au sens figuré, on peut certes avoir des réserves.

D’où viennent nos rêves ? De la Matrice ? De notre inconscient ? De la mémoire ?… D’une régie publicitaire, bientôt, peut-être, imaginent les créatifs de Studio Smack, et le résultat est plutôt réussi, pas repoussant pour deux sous (quoique beaucoup plus coûteux sans doute). On a envie de se laisser faire, comme déjà à fil de rue, de métro, de web, de télé(phone) et de journaux on se laisse faire… Parce qu’enfin c’est joliment réussi. Et en plus ça donne soif…

… Mais surtout, parce que l’idée que la publicité puisse un jour méthodiquement, scientifiquement, coloniser nos rêves et investir sans vergogne notre ultime espace privé — et avec elle toutes formes de connaissances vraies et fausses — nous paraît impossible, inaccessible, un simple joli cauchemar. Rien qui soit vraiment à craindre.

Vraiment ?

Vraiment.

Promis.

Pour l’instant…

Car il y a quand même quelques fondements scientifiques derrière ça. Des travaux encore loin d’atteindre à cette possibilité — jouer un film dans nos rêves — et qui visent de tout autres buts, mais qui ne cessent d’impressionner par l’apparente facilité, au moins la virtuosité avec laquelle ils semblent en mesure d’aplanir les frontières de « l’impossible ».

La conférence de Karim Benchenane à TEDxParis en novembre dernier n’a pas seulement illustré une nouvelle fois l’ingéniosité des protocoles d’études imaginés par les chercheurs en neurosciences — s’il vous est déjà arrivé de vous demander comment trouver un moyen de savoir à quoi rêvent les souris, la réponse est dans la vidéo ci-dessous — elle a rappelé que le dialogue cerveau-machine avance à pas de géant et qu’il s’agit bien d’un dialogue : le cerveau parle à la machine et la machine parle au cerveau.

Karim Benchenane_TEDxParis 2015

Karim Benchenane (CNRS ESPCI-ParisTech) sur la scène de TEDxparis, 1er novembre 2015

 

« Malheureusement », dit Benchenane, (« Heureusement ! » entendons-nous), « je ne peux pas vous apprendre l’anglais en dormant. » Mais venant de lui, on en viendrait presque à le regretter. Car ouvrir notre imagination à des associations nouvelles, à des processus d’ancrage des connaissances, à une vigilance aux mécanismes de remémoration et de renforcement, et peut-être, par-dessus tout, implanter dans notre cerveau une envie d’avenir et d’usage créatif de la science, ça il peut. Et on lui en est reconnaissant. Un des enjeux du siècle, aujourd’hui siècle du 13 novembre, est la lutte contre l’ignorance, celle pour que le savoir disponible et longuement construit s’investisse librement et avec efficience en chacun. Un savoir chaque jour augmenté et réinventé, surtout nourri d’esprit critique. La découverte de la façon dont nous apprenons, nous remémorons, pensons et nous représentons le monde et nos connaissances, est un moyen essentiel d’y parvenir. La neuropédagogie est encore une science émergente et son avenir est notre page blanche.

Méfions-nous quand même de la publicité…

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